RGPD : De la portabilité des données au web 3.0

de | 7 décembre 2017

Article 20 du Règlement Général sur la Protection des données (RGPD), le droit à la portabilité des données vise à renforcer le contrôle de l’individu sur ses données personnelles en lui permettant de porter très simplement ses données d’un service à un autre. Véritable épouvantail pour certaines entreprises, c’est en fait un formidable accélérateur de business et d’innovation qui préfigure le web 3.0.

Les entreprises devront toutes s’y conformer. La portabilité des données personnelles sera bientôt une obligation légale et les organisations qui opèrent sur le territoire de l’Union Européenne y seront soumises dès lors qu’elles traiteront des données personnelles sur la base d’un consentement de l’utilisateur d’un contrat conclu avec lui (données d’achats, de navigation, d’utilisation d’un service, etc.). On serait tenté d’y voir l’envie frénétique de Bruxelles de réguler un marché en pleine expansion, mais nous aurions tort.

Les premiers arrivés seront les grands gagnants

Certes, la portabilité des données signifie, pour une entreprise, le risque de voir ses utilisateurs partir plus aisément, avec leurs données, à la concurrence. Néanmoins, l’opportunité est au moins toute aussi grande d’acquérir de nouveaux clients et de fidéliser. En effet chaque entreprise pourra désormais s’appuyer, via le consentement de l’utilisateur, sur un bien plus grand nombre de données qu’auparavant (celles provenant de la concurrence comme de services complémentaires) pour fournir un service taillé sur mesure à ses clients. Les entreprises qui prendront les premières les mesures nécessaires afin de faciliter la circulation des données pour leurs utilisateurs seront les grandes gagnantes.

Faire circuler les données plutôt que les séquestrer

C’est un changement de paradigme qui s’annonce. A l’heure actuelle, beaucoup d’entreprises ont pour habitude de collecter le plus possible de données personnelles, même sans avoir en tête une idée de leur utilisation future. Les données personnelles sont considérées comme des objets de grande valeur pour ces entreprises, qu’il est important de conserver à l’abris des regards des concurrents. La valeur de cet « or noir » du 21ème siècle est cependant toute relative. Il ne s’en trouve que par les usages qui peuvent en être faits. C’est un catalyseur, d’où la comparaison faite par certain, avec de l’eau qu’à du pétrole.

Un tournant historique amené à faire des émules

C’est une vraie chance, pour nous citoyens, de rendre le web plus responsable, cohérent et efficient.  Nous devrions tous pouvoir profiter de nouveaux services, rendus possibles par une plus libre circulation des données personnelles, sous le contrôle exclusif des individus eux-mêmes. C’est une chance de voir l’Europe, le premier marché du monde, initier ce tournant historique qui a pour ambition de faire des émules, quand les internautes des autres régions du monde exprimeront le souhait de bénéficier des mêmes avantages. C’est aussi une chance pour les entreprises qui sauront faire de ce changement des règles du jeu un véritable atout.

La portabilité préfigure le Web 3.0

Sir Tim Berners-Lee, inventeur du Web, appelait il y a quelques années à l’avènement d’un nouveau Web : le Web des données, où les données circuleraient de manière structurée sur le Web, non pas sous la forme de silos de données isolés les uns des autres, mais reliées entre elles pour constituer un réseau global d’informations. Si à l’avenir le droit à la portabilité est appliqué, le Web des données ou Web 3.0 pourra enfin naître.

par Olivier Dion (CEO)

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